Publié dans 5 crayons

Charlotte impératrice. Fabien Nury. Matthieu Bonhomme. Dargaud

Charlotte face à son destin…
et autres petits problèmes de riches

Vous en aviez soupé des Sissi et autres princesses des cœurs ? Et bien là, votre avis pourrait changer. Oui toi aussi, ami du heavy metal, tu vas t’intéresser au destin contrarié de Charlotte une impératrice bien méconnue.

Qui est Charlotte ? Un personnage historique bien réel nommée simplement Marie Charlotte Amélie Auguste Victoire Clémentine Léopoldine de Saxe-Cobourg-Gotha fille du roi Léopold de Belgique et de Louise d’Orléans. Autant dire que petite, la cuillère qui la nourrissait était d’or et de diamants. En revanche, on peut naître dans la dentelle et avoir une vie bien pourrie. Ce qui contribue à rendre sa vie encore moins glamour c’est que, étant une femme elle sera cantonnée à être un vulgaire pion. Mariée à Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine archiduc d’Autriche elle n’aura pas non plus la chance de tomber sur une flèche. Mari peu intéressé et peu intéressant, diplomate malhabile, Maximilien au destin funeste ne parviendra pas à prendre historiquement une ampleur glorieuse et finira au peloton d’exécution.

Charlotte et Maximilien

Dans cette BD de Fabien Nury et Matthieu Bonhomme on suit le parcours d’une femme née pour le drame et qui, petit à petit, se fera déplumer. La première planche d’ailleurs se passe durant son enfance alors qu’elle se cache dans un tas de plumes aux cuisines lors de la mort de sa mère. Et des plumes elle va en laisser à l’histoire puisqu’elle finira par sombrer dans la folie.

Le dessin est brillant ! Le travail sur l’encrage est magnifique, on oscille en permanence entre humour, cynisme et drame total. La scène de drague de Maximilien qui ouvre le premier chapitre est à se tordre et incarne parfaitement le « Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis ». Le jeu de cadrage sur les personnages est pensé à la perfection et nous fait appréhender ce qui est en train de se jouer sous nos yeux avec maestria.

On ne pouvait douter que ce travail se retrouve dans le palmarès d’Angoulême 2019.

Sautez donc à pieds-joints dans l’histoire et quelle histoire !

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Opération Copperhead . Jean Harambat . Dargaud

L’histoire

Winston Churchill n’est jamais à cours d’imagination. Il pense à un délicieux stratagème pour détourner l’attention d’Hitler et l’empêcher de regarder au bon endroit. Il met David Niven sur le coup : il faut ni plus ni moins engager un sosie du général Montgomery. Il aura, pour l’aider dans cette mission, le non moins célèbre Peter Ustinov. Un drôle de duo de célébrités aux prises avec le cinéma, les espions, la boisson et l’amour.

Mon avis

Je découvre là une histoire vraiment pas banale de la 2nde Guerre Mondiale. Tout le monde a été un peu amoureux, a un peu admiré ou jalousé la démarche pleine de prestance de David Niven ainsi que son regard bleu. Tout le monde a pu rire avec lui dans « La panthère rose » alors qu’il draguait, à grand renfort de champagne et de peaux de bêtes devant la cheminée, Claudia Cardinale.

Ou encore se remémore David Niven aux côtés de Bourvil et de Belmondo dans Le cerveau (film qui se pose là en nombre de légendes du cinéma à l’image)

Tout le monde a pu le voir dans le personnage du Colonel John Race et admiré la moustache d’Hercule Poirot par un de ses plus brillants interprètes, Peter Ustinov.

Mais, penser qu’une partie de l’histoire est passée entre leurs mains… (même si tout ne fut pas très concluant) c’est assez incroyable.

Trêve de mièvreries. Cette BD est un réel petit bijou. J’avoue avoir douté en prenant ce livre qui est loin des types de dessins que j’apprécie mais le style de Jean Harambat prend le lecteur dès les premières planches. Les traits des personnages, un peu naïfs, sont loin de l’être au final. On reconnait avec précision les personnages réels aux premiers coups de crayons. Il est difficile d’être simple et on voit quelle maîtrise il faut pour l’être ici et mettre au cœur du sujet une telle histoire presque « trop cinématographique » pour être réelle. Un pur bonheur. J’ai trouvé très intéressant d’insérer quelques citations ici et là tirées des mémoires des protagonistes. Le « tricotage » entre narration et réalité est habile.

Dès lors on peut pas s’étonner que cette BD aie reçu le prix René Goscinny à Angoulême en 2018.

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La colère de Fantômas : Les bois de justice . Olivier Bocquet . Julie Rocheleau . Dargaud

L’histoire

Fantômas est jugé et décide de se défendre par lui-même. Le verdict tombe. Il sera décapité. Seize années de méfaits se termineraient ainsi ? C’est sans compter sur les sombres ressources du malfaiteur. Le commissaire Juve n’est pas au bout de ses peines.

Mon avis

Une superbe BD publiée en 2013 avec un couverture qui à elle seule vaut le détour et qui a été récompensée par de nombreux prix. Le travail des couleurs entre le noir, le vert et les déclinaisons d’orange est tout simplement magnifique. Cette BD parvient à nous faire oublier toutes les pitreries de Louis de Funès dans les films des années 60 et renoue avec brio avec l’univers de polars intense du duo Marcel Allain et Pierre Souvestre qui ont fait parmi les plus belles pages de la littérature policière populaire et que l’on a tendance à oublier alors que leurs univers mériterait d’être remis à l’honneur.

Le travail sur l’ambiance, le style du dessin, est captivant tout à la fois moderne et daté. Surtout qu’ici, le niveau est élevé, l’ambiance ne peut-être qu’incroyable puisque nous avons affaire au premier supervillain français ! Bien avant les comics étatsuniens puisqu’il fut créé en 1910-1911. Fantômas fait peur car il peut être n’importe qui et prendre tous les visages, il sait tout et ne commet pas de crime mais EST le crime incarné.

L’utilisation de formes surréalistes augmente la peur que provoque naturellement en nous Fantômas mais également est un hommage à l’époque de naissance de ce personnage tout comme un hommage à Marcel Allain et Pierre Souvestre qui avaient écrit ces aventures dans un mode d’écriture automatique comme aimaient à le faire les littérateurs du début du XXème siècle. En somme, une BD aboutie et un petit bijou d’illusration.

Les amateurs de BD s’y retrouveront, les amateurs de littérature se réjouiront et les amateurs d’art fonceront retrouver l’édition originale de 2013 de cette BD car depuis deux autres tomes sont paru et une intégrale est parue avec une couverture tout à fait jolie mais… moins impressionnante que la première.

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