Publié dans 3 crayons

Il s’appelait Ptirou . Laurent Verron . Yves Sentes . Dupuis

Réalité fictionnelle ou conte véridique ? Aux origines d’un mythe.

Aux origines du personnage de Spirou une histoire triste, qui rend hommage à un jeune homme hors du commun.

Comme beaucoup de sujets j’ignorais totalement les origines d’un personnage pourtant très célèbre : Spirou. Il s’avère que le créateur original de cette figure littéraire, Rob-Vel, avait été chef de rang sur un paquebot. En 1938, lorsque Dupuis lui demandera de créer un personnage, Rob-Vel s’inspirera des gens croisés lors de sa carrière. L’un d’entre eux un petit orphelin méritant devenu groom à bord d’une des croisières. Quelle est la part de réalité et de fiction ? Seul Rob-Vel aurait pu le dire.

Ici nous suivons Ptirou, de la perte tragique de sa mère introduit dans les trois dernières cases de la page 9 avec les pigeons qui picorent sur un chapiteau décousu et où l’on comprend que la vétusté du cirque amène un drame. La chute de la mère et du fils page 10 est aussi annonciatrice de la peine immense et de la chute au sens symbolique de Ptirou vers la fin de l’histoire.

Par delà l’aspect historique, les fans de BD apprécieront les détails, comme le fait que l’histoire de Ptirou soit narrée par l’Oncle Paul. Pour ceux qui ne savent qui il est, c’est un personnage de Jean-Michel Charlier (papa de Blueberry et Tanguy et Laverdure entre autres) qui avait l’habitude de raconter des faits historiques. Cet album est un hommage total aux éditions Dupuis et au journal Spirou.

Le personnage de Spirou est un des rares personnages à appartenir non à son auteur mais à la maison d’édition, comme en témoignent les nombreuses et magnifiques reprises qui en ont été faites.

Le dessin de Laurent Verron est exigent et précis. Les couleurs utilisées sont très intéressantes et nous fait voyager dans une époque que nous ne connaissons pas en apportant une dimension surannée. J’ai été un peu moins fan de tous les personnages présentés. A mon goût il y en avait un peu trop et trop peu utilisés.

La globalité de cette histoire d’un jeune groom à la moralité à toute épreuve et au courage édifiant plaira aux puristes et amateurs du personnage de Spirou.

Publié dans 4 crayons

Negalyod . Vincent Perriot . Casterman

Une oeuvre monumentale entre Moebius et Schuiten.

Vous aimez l’architecture, les grands espaces sauvages et avez un mastère en paléontologie ? Cette BD est pour vous !

J’ai été intriguée par la couverture qui montre une cité futuriste à l’envers et un homme seul à côté d’un dinosaure sellé. Ni une, ni deux, j’enfourne la BD dans mon tote bag et je file lire à l’ombre la bestiole.

Pour l’histoire : Jarri, l’homme qui chuchotait à l’oreille des dinosaures, voit son troupeau mortellement frappé. En proie à une rage terrible, ses pas le mènent en ville pour une destination : la vengeance.

Cet album fait 207 pages. Autant dire quelques heures de lecture en perspective. Le dessin est bluffant et certaines planches en double page vous happent à vous en faire oublier l’heure. Les couleurs sont très bien étudiées et apportent une certaine dimension. Dans le scénario une ou deux choses m’ont gêné. L’auteur nous entraîne dans un côté « classique » de la SF old school qui n’amène pas de fraîcheur ou d’idée innovante.

On lira donc cet album plus pour son graphisme que pour son histoire, mais quel succès dans le dessin ! Hâte de lire d’autres œuvres de Vincent Perriot.

Publié dans 5 crayons

To your eternity. Oima Yoshitoki. Pika édition

Série en cours ! 9 tomes déjà parus

L’histoire

Une entité immortelle croise par hasard un être vivant voué à une mort proche. Cet être sera baptisé Imm (voui vous avez compris… Imm comme immortel… comme immaculé également). Son chemin initiatique en quête de la signification de la vie sera semé d’embûches, il perdra des amis en gagnera des nouveaux, mais pour combien de temps ?

Mon avis

Un grand coup de cœur manga ! C’est un ovni assez inracontable pour le premier épisode. On commence cette histoire avec un caillou envoyé dans un univers désertique. Il fallait oser. Ce « caillou » est sur le chemin d’un loup, qui mourra à ses côtés. Ce dernier va prendre la forme de l’animal mort. Ainsi doté de pattes il se mettra en route pour un voyage qui l’amènera à croiser un nouveau personnage. Toute la construction d’Imm se fait par le biais de ses rencontres qui vont façonner son humanité, il prendra d’ailleurs la forme des disparus une jolie métaphore de ce qui reste de l’autre lorsqu’il n’est plus là et de la façon dont nous nous construisons en miroir aux autres. Pour notre plus grand bonheur Imm va rencontrer des personnages atypiques emplis de bontés et des grosses ordures putrides bouffées par la méchanceté . J’en suis déjà au neuvième tome et il est très difficile pour moi d’attendre la suite.

Je me relis et j’ai l’impression que ce manga sonne très philosophique mais ce n’est pas que ça. To your eternity n’est pas qu’un road movie à travers le monde c’est aussi de grands combats contre des entités parasitaires étranges et maléfiques.

En ce qui concerne le style, c’est beau, c’est fin, c’est précis. Si il faut le classer absolument, c’est un shonen mais c’est triste de le réduire à cela tant il peut plaire à un public divers. L’auteure Oima Yoshitoki s’était déjà fait grandement remarquer en bien avec le magnifique manga A silent voice qui traitait du handicap. Avec ce manga Oima Yoshitoki nous plonge dans un univers fantasy remarquable d’ingéniosité et où notre propre humanité et nos peurs (maladie, mort, amputations, oubli, torture…) sont explorées jusqu’à la moelle substantifique. A lire, à partager et à offrir !

Publié dans 5 crayons

Opération Copperhead . Jean Harambat . Dargaud

L’histoire

Winston Churchill n’est jamais à cours d’imagination. Il pense à un délicieux stratagème pour détourner l’attention d’Hitler et l’empêcher de regarder au bon endroit. Il met David Niven sur le coup : il faut ni plus ni moins engager un sosie du général Montgomery. Il aura, pour l’aider dans cette mission, le non moins célèbre Peter Ustinov. Un drôle de duo de célébrités aux prises avec le cinéma, les espions, la boisson et l’amour.

Mon avis

Je découvre là une histoire vraiment pas banale de la 2nde Guerre Mondiale. Tout le monde a été un peu amoureux, a un peu admiré ou jalousé la démarche pleine de prestance de David Niven ainsi que son regard bleu. Tout le monde a pu rire avec lui dans « La panthère rose » alors qu’il draguait, à grand renfort de champagne et de peaux de bêtes devant la cheminée, Claudia Cardinale.

Ou encore se remémore David Niven aux côtés de Bourvil et de Belmondo dans Le cerveau (film qui se pose là en nombre de légendes du cinéma à l’image)

Tout le monde a pu le voir dans le personnage du Colonel John Race et admiré la moustache d’Hercule Poirot par un de ses plus brillants interprètes, Peter Ustinov.

Mais, penser qu’une partie de l’histoire est passée entre leurs mains… (même si tout ne fut pas très concluant) c’est assez incroyable.

Trêve de mièvreries. Cette BD est un réel petit bijou. J’avoue avoir douté en prenant ce livre qui est loin des types de dessins que j’apprécie mais le style de Jean Harambat prend le lecteur dès les premières planches. Les traits des personnages, un peu naïfs, sont loin de l’être au final. On reconnait avec précision les personnages réels aux premiers coups de crayons. Il est difficile d’être simple et on voit quelle maîtrise il faut pour l’être ici et mettre au cœur du sujet une telle histoire presque « trop cinématographique » pour être réelle. Un pur bonheur. J’ai trouvé très intéressant d’insérer quelques citations ici et là tirées des mémoires des protagonistes. Le « tricotage » entre narration et réalité est habile.

Dès lors on peut pas s’étonner que cette BD aie reçu le prix René Goscinny à Angoulême en 2018.

Publié dans 5 crayons

Le veilleur des brumes . Robert Kondo . Dice Tsutsumi . Milan

L’histoire

Yuck est orphelin. Toutes les 12 heures il doit se rendre au moulin construit par son père pour relancer la mécanique de ce dernier. Sans cela une brume envahira son village et détruira tout. Mais peut-on arrêter les catastrophes naturelles ? Et d’ailleurs, sont-elles si naturelles ?

Mon avis

Une très grande B.D. ! On peut-être trompé par le visuel mignon du petit cochon de la couverture et du titre imprimé en or, tout comme par l’éditeur Milan qui pourrait induire un livre à destination des enfants les plus jeunes. Mais ce serait une grave erreur ! Il se cache sous cette couverture un petit bijou tout en finesse à faire lire à tout le monde à partir de 12 ans.

Il est à noté que les deux auteurs Robert Kondo et Dice Tustsumi ne sont pas les premiers venus ! Si l’on vous parle de Ratatouille, L’Âge de glace ou encore Monsters university entre autres choses, vous pourrez déduire naturellement que ces deux là ont une certaine carrure tout de même. Oh ! et en passant… Ils ont reçu un Oscar en 2015 pour un court métrage « The Dam keeper » qui est en fait… cette BD.

Bref, s’il vous faut encore des raisons pour vous jeter sur cette petite BD sachez que les couleurs parleront directement à vos émotions, que vous vous passionnerez pour Yuck, que l’absence d’encrage autour des personnages empêche de figer les choses, les personnages apparaissent plus proches. Les onomatopées sont très bien utilisées pour donner une vision presque cinématographique et inclure une ambiance de plus à la BD… Bref, vivement le tome deux en avril 2019 !