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Le Prince et la Couturière . Jen Wang . Akileos

Sous le tissu, l’âme : une histoire d’identité et de couture

Une belle BD de 275 pages entre conte social et identités cachées qui fera réfléchir toute la famille de 10 à 110 ans. Peu de décors dans les cases, les personnages sont exposés et posés le plus simplement possible dans une mise en page efficace et épurée.

Une couturière talentueuse mais méprisée est employée par un prince. Ce dernier cache à sa famille sa passion des robes, qu’il aime porter. Tout se complique alors que ses parents décident de trouver une femme à leur royal rejeton.

A l’heure où la frilosité ambiante, nous montre un retour social effrayant à la préhistoire, il est bon de se laisser prendre par la main et guider dans un monde pur et bienveillant où tout un chacun est à même de se réaliser en tant qu’être humain plein et entier qu’il soit vieux, jeune, noir, blanc, hétéro, homo, bi, qu’il aime les robes, qu’elle aime le foot et j’en oublie (et au passage VIVE LES BLEUES !!! VOUS ETES AU TOP !) .

Le Prince et la Couturière devrait entrer directement dans les listes de l’Education Nationale au lieu de faire des copier/coller d’années en années de romans « vieux comme mes robes » . Cette BD a été proclamée Fauve jeunesse à Angoulême et c’est bien normal.

Jen Wang se fend d’une explication de son processus d’écriture en fin d’album assez éclairant. J’avoue avoir un peu tiquer quant à la simplicité des traits, mais cette fois-ci ce style épuré sert la mise en avant des personnages et du sens de l’histoire.

Je recommande donc à tous (oui même toi vieux ronchon de 73 ans en crocs).

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Beyond the clouds : La fillette tombée du ciel . Nicke . Ki-Oon

L’histoire

La ville jaune est une citée industrielle hautement polluée. Théo est un ado rêveur et débrouillard qui, malgré un travail harassant pour son jeune âge, réussi à garder une âme pure grâce à la lecture, sa plus grande passion. Un jour, sa route croise celle d’une jeune fille tombée du ciel, qui a perdu une aile et… la mémoire.

Mon avis

C’est beauuuu !!! C’est douuuux !!! et tout le monde peut le lire ! C’est paru aux éditions Ki-Oon dans la collection Kizuna (qui veut dire littéralement « Lien entre les personnes ») une collection qui assume clairement sa volonté intergénérationnelle et où l’on abolit pour de bon les histoires de « Ça c’est un shonen pour les garçons parce qu’il est bleu et que les garçons se tapent dessus, ça c’est un shojo pour les filles parce qu’il est rose et qu’il y a du vomi de licorne à l’intérieur » qui peut agacer un tantinet mon côté féministe. Bref, dans cette même collection j’avais adoré Reine d’Egypte que j’avais conseillé gentiment autour de moi aux lecteurs et lectrices de tout poil et même aux non lecteurs de manga.

Ici Nicke l’auteure qui signe ce manga, nous entraîne dans un univers rude et malgré tout ses traits fins font ressortir l’aspect profondément humains de ses personnages. Ça rappelle par certains côté du Miyazaki du type Le château ambulant ou encore Kiki la petite sorcière ben voui rien que ça… Vous pourrez retrouver une jolie interview de cette auteure ici .

Oui il y a des inspirations de Final fantasy de l’aveux même de l’auteur, qui a dessiné cette aventure sur la bande son. On ne peut nier que travailler seule sur un manga de ce type fait prendre la sauce magistralement et permet une unité dans le propos assez aboutie. Donc, je suis assez fan comme on peut le voir.

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Le veilleur des brumes . Robert Kondo . Dice Tsutsumi . Milan

L’histoire

Yuck est orphelin. Toutes les 12 heures il doit se rendre au moulin construit par son père pour relancer la mécanique de ce dernier. Sans cela une brume envahira son village et détruira tout. Mais peut-on arrêter les catastrophes naturelles ? Et d’ailleurs, sont-elles si naturelles ?

Mon avis

Une très grande B.D. ! On peut-être trompé par le visuel mignon du petit cochon de la couverture et du titre imprimé en or, tout comme par l’éditeur Milan qui pourrait induire un livre à destination des enfants les plus jeunes. Mais ce serait une grave erreur ! Il se cache sous cette couverture un petit bijou tout en finesse à faire lire à tout le monde à partir de 12 ans.

Il est à noté que les deux auteurs Robert Kondo et Dice Tustsumi ne sont pas les premiers venus ! Si l’on vous parle de Ratatouille, L’Âge de glace ou encore Monsters university entre autres choses, vous pourrez déduire naturellement que ces deux là ont une certaine carrure tout de même. Oh ! et en passant… Ils ont reçu un Oscar en 2015 pour un court métrage « The Dam keeper » qui est en fait… cette BD.

Bref, s’il vous faut encore des raisons pour vous jeter sur cette petite BD sachez que les couleurs parleront directement à vos émotions, que vous vous passionnerez pour Yuck, que l’absence d’encrage autour des personnages empêche de figer les choses, les personnages apparaissent plus proches. Les onomatopées sont très bien utilisées pour donner une vision presque cinématographique et inclure une ambiance de plus à la BD… Bref, vivement le tome deux en avril 2019 !

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Indélébiles . Luz . Futuropolis

Commencer mon blog par un article sur les « Indélébiles » est à la fois un étrange hasard et un beau symbole. Hasard, car on m’a offert pour Noël cet album et qu’il s’est trouvé dans ma P.A.L. au moment où je me lançais dans l’aventure de ce blog. Symbole, car le 7 janvier 2015, la liberté d’expression venait d’être touchée en plein cœur et que, pratiquement 4 ans jour pour jour, je n’ai rien oublié de ce terrible événement qui a endeuillé le monde. L’attentat qui a visé Charlie hebdo est difficilement surmontable. Je m’étais toujours dit qu’il serait ardu d’écrire sur ce sujet, beaucoup de livres en ont parlé mais je n’ai jamais voulu m’y pencher. On a tous un côté « voyeur » à ce qu’il parait mais là c’est différent, je ne me suis toujours pas remis de cet attentat. En feuilletant, j’ai été intriguée par deux styles d’illustration différents au sein du même album. Et puis, je suis tombée sur une pleine page représentant Cabu.

Citation du livre « Indélébiles » de Luz paru aux éditions Futuropolis

Je ne connaissais pas personnellement l’équipe de Charlie hebdo, je lisais occasionnellement le journal selon l’actualité et les unes qu’ils proposaient. Il m’arrivait parfois de trouver qu’ils allaient un peu loin, on a le droit de faire des blagues pas drôles, ça arrive aux meilleurs, tout comme les fautes de mauvais goût, mais soyons clairs ils me faisaient très souvent rire. Mais il y a un point sur lequel je suis plus sensible que les autres, je ne serai pas originale en disant que Cabu était présent dans mon enfance par sa participation au « Club Dorothée  » (Luz d’ailleurs en rigole dans sa BD). C’est un peu comme le tonton qu’on ne voit pas souvent mais qui est présent dans tous les moments joyeux ou tristes de la famille. J’ai toujours pensé que Cabu était profondément gentil. Je franchissais donc le pas de la lecture de l’album de Luz en pensant très fort à Cabu, à sa disparition et à de doux souvenirs nostalgiques de ma propre enfance où je me disais « Il est quand même très fort… ». Je n’ai pas été déçue.

L’histoire

Luz, à poil chez lui, une bière à la main après un vieux cauchemar, se remémore ses débuts dans le dessin de presse et comment il intégra « Charlie hebdo » aux côtés d’une équipe légendaire, indélébile.

Mon avis

Un témoignage magnifique. L’amitié, les coups de griffes, les aventures à l’étranger, à Angoulême, sur les barricades. Une vie de dessinateur avec des portraits magnifiques des amis disparus. Nous voyons se dessiner les premiers pas de Luz dans la cours des grands, c’est le fil rouge : le souvenir. Comme dans tous les grands textes, l’entrée dans l’histoire se fait par une porte qui s’entrebâille. Dessiné blanc sur noir. L’apparition d’une petite tâche sur une des marches que Luz remarque. La porte s’ouvre. Passage du dessin au noir sur blanc et l’on se retrouve propulsé dans la « rédac de Charlie », ils sont là, tous bien vivants. Luz essaie de parler mais rien ne sort. En réalité Luz ne rentre pas à la rédac de Charlie, il cauchemarde, d’ailleurs sur ses illustrations on ne voit pas ses yeux, comme s’il était aveugle. Un des dessins le montre tambouriner contre une vitre pour empêcher Cabu de partir. Son réveil dans la réalité est figuré par un passage en couleurs. Les teintes utilisées, le bleu et le rouge. A partir de là, Luz nous raconte ses souvenirs, ses rencontres, ses petites contrariétés, son apprentissage. C’est beau, c’est drôle, mélancolique, triste.

Il y a quelques années j’avais fait des études sur la symbolique des objets, il fallait choisir entre une étude freudienne ou jungienne des symboliques. J’étais contre les deux approches que je trouvais fausses et réductrices, mais en revanche, j’ai pu apprendre que même de façon inconsciente les objets qui reviennent dans nos récits sont des symptômes de ce que l’on ressent. Ici les gommes, les portes, les bières ont bien des choses à nous dire mais comme il est impoli de rentrer dans la tête de quelqu’un sans s’être essuyé les pieds sur le paillasson je m’arrêterai ici. Parlons plutôt du style. Graphiquement c’est un très bon Luz. Point. Je suis incapable de développer, tout est maîtrisé sauf encore Pierre Arditi… Je n’avais pas apprécié l’album « Catharsis », même si l’on comprenait pourquoi il l’écrivait. En revanche ici, Luz a réussi à reprendre certains des codes de « Catharsis » et en a fait un hommage magnifique à l’amitié et c’est bien ce qui compte et ce qui donne cette force mélancolique à cette B.D.

A lire, à partager et à offrir.