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Les montagnes hallucinées . Gou Tanabe . Ki-Oon

L’histoire

Dans les années 30, une expédition est montée par l’université Miskatonic. Le but : explorer le cercle polaire antarctique. Des spécimens géologiques inconnus sont prélevés. Une partie de l’expédition souhaite continuer plus loin. Mais bientôt la première équipe ne reçoit plus de nouvelle de la seconde. La violente tempête aurait-elle eu raison d’eux ? La première équipe de scientifiques part à leur recherche sans savoir qu’ils vont se retrouver face à un des plus grands mystères de leur vie.

Mon avis

Il faut avoir sacrément confiance en soi pour s’attaquer à l’oeuvre de Lovecraft. Car Lovecraft c’est avant tout un style inimitable, un des seuls écrivains a avoir pu rendre concret l’indicible. Avoir rendu sa taille de microbe à l’homme dans le cosmos, le seul à nous remettre bien gentiment à notre place en tant qu’humain insignifiant. Même si parfois Lovecraft est un homme de son temps ( arf… pourtant l’ouverture aux autres ne doit pas avoir d’époque, mais bon…). Ici, Gou Tanabe nous offre une version de Les montagnes hallucinées très bien ficelée, le découpage est propre et sans bavure (là, je parle de mémoire car je ne me souviens plus à quand date ma première et dernière lecture de cette oeuvre) . Donc un gros coup de cœur au découpage et à la présentation ! Quant au dessin, il est tout simplement excellent. Petit aveux pour mieux comprendre mon enthousiasme : je n’aime pas la montagne, c’est comme ça, je préfère l’océan qui bouge et qui englouti, mais là je n’ai aucun problème à trotter en compagnie de ces scientifiques dans les régions montagneuses et glacées talonnés par la crainte de disparaître loin de tout. Un manga pour les âmes qui n’ont pas peur et qui veulent frissonner dans le néant.

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Beyond the clouds : La fillette tombée du ciel . Nicke . Ki-Oon

L’histoire

La ville jaune est une citée industrielle hautement polluée. Théo est un ado rêveur et débrouillard qui, malgré un travail harassant pour son jeune âge, réussi à garder une âme pure grâce à la lecture, sa plus grande passion. Un jour, sa route croise celle d’une jeune fille tombée du ciel, qui a perdu une aile et… la mémoire.

Mon avis

C’est beauuuu !!! C’est douuuux !!! et tout le monde peut le lire ! C’est paru aux éditions Ki-Oon dans la collection Kizuna (qui veut dire littéralement « Lien entre les personnes ») une collection qui assume clairement sa volonté intergénérationnelle et où l’on abolit pour de bon les histoires de « Ça c’est un shonen pour les garçons parce qu’il est bleu et que les garçons se tapent dessus, ça c’est un shojo pour les filles parce qu’il est rose et qu’il y a du vomi de licorne à l’intérieur » qui peut agacer un tantinet mon côté féministe. Bref, dans cette même collection j’avais adoré Reine d’Egypte que j’avais conseillé gentiment autour de moi aux lecteurs et lectrices de tout poil et même aux non lecteurs de manga.

Ici Nicke l’auteure qui signe ce manga, nous entraîne dans un univers rude et malgré tout ses traits fins font ressortir l’aspect profondément humains de ses personnages. Ça rappelle par certains côté du Miyazaki du type Le château ambulant ou encore Kiki la petite sorcière ben voui rien que ça… Vous pourrez retrouver une jolie interview de cette auteure ici .

Oui il y a des inspirations de Final fantasy de l’aveux même de l’auteur, qui a dessiné cette aventure sur la bande son. On ne peut nier que travailler seule sur un manga de ce type fait prendre la sauce magistralement et permet une unité dans le propos assez aboutie. Donc, je suis assez fan comme on peut le voir.

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Opération Copperhead . Jean Harambat . Dargaud

L’histoire

Winston Churchill n’est jamais à cours d’imagination. Il pense à un délicieux stratagème pour détourner l’attention d’Hitler et l’empêcher de regarder au bon endroit. Il met David Niven sur le coup : il faut ni plus ni moins engager un sosie du général Montgomery. Il aura, pour l’aider dans cette mission, le non moins célèbre Peter Ustinov. Un drôle de duo de célébrités aux prises avec le cinéma, les espions, la boisson et l’amour.

Mon avis

Je découvre là une histoire vraiment pas banale de la 2nde Guerre Mondiale. Tout le monde a été un peu amoureux, a un peu admiré ou jalousé la démarche pleine de prestance de David Niven ainsi que son regard bleu. Tout le monde a pu rire avec lui dans « La panthère rose » alors qu’il draguait, à grand renfort de champagne et de peaux de bêtes devant la cheminée, Claudia Cardinale.

Ou encore se remémore David Niven aux côtés de Bourvil et de Belmondo dans Le cerveau (film qui se pose là en nombre de légendes du cinéma à l’image)

Tout le monde a pu le voir dans le personnage du Colonel John Race et admiré la moustache d’Hercule Poirot par un de ses plus brillants interprètes, Peter Ustinov.

Mais, penser qu’une partie de l’histoire est passée entre leurs mains… (même si tout ne fut pas très concluant) c’est assez incroyable.

Trêve de mièvreries. Cette BD est un réel petit bijou. J’avoue avoir douté en prenant ce livre qui est loin des types de dessins que j’apprécie mais le style de Jean Harambat prend le lecteur dès les premières planches. Les traits des personnages, un peu naïfs, sont loin de l’être au final. On reconnait avec précision les personnages réels aux premiers coups de crayons. Il est difficile d’être simple et on voit quelle maîtrise il faut pour l’être ici et mettre au cœur du sujet une telle histoire presque « trop cinématographique » pour être réelle. Un pur bonheur. J’ai trouvé très intéressant d’insérer quelques citations ici et là tirées des mémoires des protagonistes. Le « tricotage » entre narration et réalité est habile.

Dès lors on peut pas s’étonner que cette BD aie reçu le prix René Goscinny à Angoulême en 2018.

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Le veilleur des brumes . Robert Kondo . Dice Tsutsumi . Milan

L’histoire

Yuck est orphelin. Toutes les 12 heures il doit se rendre au moulin construit par son père pour relancer la mécanique de ce dernier. Sans cela une brume envahira son village et détruira tout. Mais peut-on arrêter les catastrophes naturelles ? Et d’ailleurs, sont-elles si naturelles ?

Mon avis

Une très grande B.D. ! On peut-être trompé par le visuel mignon du petit cochon de la couverture et du titre imprimé en or, tout comme par l’éditeur Milan qui pourrait induire un livre à destination des enfants les plus jeunes. Mais ce serait une grave erreur ! Il se cache sous cette couverture un petit bijou tout en finesse à faire lire à tout le monde à partir de 12 ans.

Il est à noté que les deux auteurs Robert Kondo et Dice Tustsumi ne sont pas les premiers venus ! Si l’on vous parle de Ratatouille, L’Âge de glace ou encore Monsters university entre autres choses, vous pourrez déduire naturellement que ces deux là ont une certaine carrure tout de même. Oh ! et en passant… Ils ont reçu un Oscar en 2015 pour un court métrage « The Dam keeper » qui est en fait… cette BD.

Bref, s’il vous faut encore des raisons pour vous jeter sur cette petite BD sachez que les couleurs parleront directement à vos émotions, que vous vous passionnerez pour Yuck, que l’absence d’encrage autour des personnages empêche de figer les choses, les personnages apparaissent plus proches. Les onomatopées sont très bien utilisées pour donner une vision presque cinématographique et inclure une ambiance de plus à la BD… Bref, vivement le tome deux en avril 2019 !

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Tu mourras moins bête . Marion Montaigne . Ankama . Delcourt

L’histoire

Le Professeur Moustache répond scientifiquement aux questions parfois navrantes de lecteurs. On apprend à notre grande surprise que des scientifiques se sont déjà posés ces mêmes questions mais que eux, avaient les moyens d’y répondre.

Mon avis

Et paf ! double éditeur. Ankama a été le premier à publier les épatantes aventures du Professeur Moustache en 2011 et Delcourt a suivi en 2014. Professeur ou professeure ? A vous de voir !

Au commencement était le blog. Marion Montaigne tient un blog de bande dessinée en ligne ou BD Blog à vous de voir également, en tout cas si ce n’est déjà fait j’engage tout le monde de s’abonner. Sur ce dernier elle explore toutes les questions scientifiques que de pseudos lecteurs lui envoient via cartes postales. On explore ainsi la réalité et la fiction au cinéma, le corps humain et animal, l’espace et bien d’autres choses !

Du décalage entre la nécessité d’être exact scientifiquement et l’absurdité des dessins (« girly moustache touch », interventions de personnages célèbres comme Lénine, Jésus, Freud.. beaucoup d’hommes à poils donc) se créé une alchimie qui vous fera rire aux éclats… il faut d’ailleurs que j’arrête de lire cette BD le soir dans mon lit ; ça réveille tout le monde et le voisinage se plaint.

On apprend des choses en riant, damned ! Ce qui ne gâche rien, Marion Montaigne cite ses sources et nous renvoie aux articles utilisés pour ses BD immanquablement. Fatalement on s’intéresse et on va vérifier ce qu’elle vient de nous dire et malheureusement pour nous on devient plus cultivés à notre corps défendant. Je vous jure ça devient de plus en plus difficile de ne pas s’instruire de nos jours. (L’auteur du blog pense en ce moment aux Marseillais vs les Ch’tis vs les Anges de la télé réalité… ils sont très forts)

De la culture, du rire, de la science, du délire, du recul, des interrogations, bref, de quoi se faire remuer nos petites cellules grises.

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La colère de Fantômas : Les bois de justice . Olivier Bocquet . Julie Rocheleau . Dargaud

L’histoire

Fantômas est jugé et décide de se défendre par lui-même. Le verdict tombe. Il sera décapité. Seize années de méfaits se termineraient ainsi ? C’est sans compter sur les sombres ressources du malfaiteur. Le commissaire Juve n’est pas au bout de ses peines.

Mon avis

Une superbe BD publiée en 2013 avec un couverture qui à elle seule vaut le détour et qui a été récompensée par de nombreux prix. Le travail des couleurs entre le noir, le vert et les déclinaisons d’orange est tout simplement magnifique. Cette BD parvient à nous faire oublier toutes les pitreries de Louis de Funès dans les films des années 60 et renoue avec brio avec l’univers de polars intense du duo Marcel Allain et Pierre Souvestre qui ont fait parmi les plus belles pages de la littérature policière populaire et que l’on a tendance à oublier alors que leurs univers mériterait d’être remis à l’honneur.

Le travail sur l’ambiance, le style du dessin, est captivant tout à la fois moderne et daté. Surtout qu’ici, le niveau est élevé, l’ambiance ne peut-être qu’incroyable puisque nous avons affaire au premier supervillain français ! Bien avant les comics étatsuniens puisqu’il fut créé en 1910-1911. Fantômas fait peur car il peut être n’importe qui et prendre tous les visages, il sait tout et ne commet pas de crime mais EST le crime incarné.

L’utilisation de formes surréalistes augmente la peur que provoque naturellement en nous Fantômas mais également est un hommage à l’époque de naissance de ce personnage tout comme un hommage à Marcel Allain et Pierre Souvestre qui avaient écrit ces aventures dans un mode d’écriture automatique comme aimaient à le faire les littérateurs du début du XXème siècle. En somme, une BD aboutie et un petit bijou d’illusration.

Les amateurs de BD s’y retrouveront, les amateurs de littérature se réjouiront et les amateurs d’art fonceront retrouver l’édition originale de 2013 de cette BD car depuis deux autres tomes sont paru et une intégrale est parue avec une couverture tout à fait jolie mais… moins impressionnante que la première.

<p

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Indélébiles . Luz . Futuropolis

Commencer mon blog par un article sur les « Indélébiles » est à la fois un étrange hasard et un beau symbole. Hasard, car on m’a offert pour Noël cet album et qu’il s’est trouvé dans ma P.A.L. au moment où je me lançais dans l’aventure de ce blog. Symbole, car le 7 janvier 2015, la liberté d’expression venait d’être touchée en plein cœur et que, pratiquement 4 ans jour pour jour, je n’ai rien oublié de ce terrible événement qui a endeuillé le monde. L’attentat qui a visé Charlie hebdo est difficilement surmontable. Je m’étais toujours dit qu’il serait ardu d’écrire sur ce sujet, beaucoup de livres en ont parlé mais je n’ai jamais voulu m’y pencher. On a tous un côté « voyeur » à ce qu’il parait mais là c’est différent, je ne me suis toujours pas remis de cet attentat. En feuilletant, j’ai été intriguée par deux styles d’illustration différents au sein du même album. Et puis, je suis tombée sur une pleine page représentant Cabu.

Citation du livre « Indélébiles » de Luz paru aux éditions Futuropolis

Je ne connaissais pas personnellement l’équipe de Charlie hebdo, je lisais occasionnellement le journal selon l’actualité et les unes qu’ils proposaient. Il m’arrivait parfois de trouver qu’ils allaient un peu loin, on a le droit de faire des blagues pas drôles, ça arrive aux meilleurs, tout comme les fautes de mauvais goût, mais soyons clairs ils me faisaient très souvent rire. Mais il y a un point sur lequel je suis plus sensible que les autres, je ne serai pas originale en disant que Cabu était présent dans mon enfance par sa participation au « Club Dorothée  » (Luz d’ailleurs en rigole dans sa BD). C’est un peu comme le tonton qu’on ne voit pas souvent mais qui est présent dans tous les moments joyeux ou tristes de la famille. J’ai toujours pensé que Cabu était profondément gentil. Je franchissais donc le pas de la lecture de l’album de Luz en pensant très fort à Cabu, à sa disparition et à de doux souvenirs nostalgiques de ma propre enfance où je me disais « Il est quand même très fort… ». Je n’ai pas été déçue.

L’histoire

Luz, à poil chez lui, une bière à la main après un vieux cauchemar, se remémore ses débuts dans le dessin de presse et comment il intégra « Charlie hebdo » aux côtés d’une équipe légendaire, indélébile.

Mon avis

Un témoignage magnifique. L’amitié, les coups de griffes, les aventures à l’étranger, à Angoulême, sur les barricades. Une vie de dessinateur avec des portraits magnifiques des amis disparus. Nous voyons se dessiner les premiers pas de Luz dans la cours des grands, c’est le fil rouge : le souvenir. Comme dans tous les grands textes, l’entrée dans l’histoire se fait par une porte qui s’entrebâille. Dessiné blanc sur noir. L’apparition d’une petite tâche sur une des marches que Luz remarque. La porte s’ouvre. Passage du dessin au noir sur blanc et l’on se retrouve propulsé dans la « rédac de Charlie », ils sont là, tous bien vivants. Luz essaie de parler mais rien ne sort. En réalité Luz ne rentre pas à la rédac de Charlie, il cauchemarde, d’ailleurs sur ses illustrations on ne voit pas ses yeux, comme s’il était aveugle. Un des dessins le montre tambouriner contre une vitre pour empêcher Cabu de partir. Son réveil dans la réalité est figuré par un passage en couleurs. Les teintes utilisées, le bleu et le rouge. A partir de là, Luz nous raconte ses souvenirs, ses rencontres, ses petites contrariétés, son apprentissage. C’est beau, c’est drôle, mélancolique, triste.

Il y a quelques années j’avais fait des études sur la symbolique des objets, il fallait choisir entre une étude freudienne ou jungienne des symboliques. J’étais contre les deux approches que je trouvais fausses et réductrices, mais en revanche, j’ai pu apprendre que même de façon inconsciente les objets qui reviennent dans nos récits sont des symptômes de ce que l’on ressent. Ici les gommes, les portes, les bières ont bien des choses à nous dire mais comme il est impoli de rentrer dans la tête de quelqu’un sans s’être essuyé les pieds sur le paillasson je m’arrêterai ici. Parlons plutôt du style. Graphiquement c’est un très bon Luz. Point. Je suis incapable de développer, tout est maîtrisé sauf encore Pierre Arditi… Je n’avais pas apprécié l’album « Catharsis », même si l’on comprenait pourquoi il l’écrivait. En revanche ici, Luz a réussi à reprendre certains des codes de « Catharsis » et en a fait un hommage magnifique à l’amitié et c’est bien ce qui compte et ce qui donne cette force mélancolique à cette B.D.

A lire, à partager et à offrir.