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Le Prince et la Couturière . Jen Wang . Akileos

Sous le tissu, l’âme : une histoire d’identité et de couture

Une belle BD de 275 pages entre conte social et identités cachées qui fera réfléchir toute la famille de 10 à 110 ans. Peu de décors dans les cases, les personnages sont exposés et posés le plus simplement possible dans une mise en page efficace et épurée.

Une couturière talentueuse mais méprisée est employée par un prince. Ce dernier cache à sa famille sa passion des robes, qu’il aime porter. Tout se complique alors que ses parents décident de trouver une femme à leur royal rejeton.

A l’heure où la frilosité ambiante, nous montre un retour social effrayant à la préhistoire, il est bon de se laisser prendre par la main et guider dans un monde pur et bienveillant où tout un chacun est à même de se réaliser en tant qu’être humain plein et entier qu’il soit vieux, jeune, noir, blanc, hétéro, homo, bi, qu’il aime les robes, qu’elle aime le foot et j’en oublie (et au passage VIVE LES BLEUES !!! VOUS ETES AU TOP !) .

Le Prince et la Couturière devrait entrer directement dans les listes de l’Education Nationale au lieu de faire des copier/coller d’années en années de romans « vieux comme mes robes » . Cette BD a été proclamée Fauve jeunesse à Angoulême et c’est bien normal.

Jen Wang se fend d’une explication de son processus d’écriture en fin d’album assez éclairant. J’avoue avoir un peu tiquer quant à la simplicité des traits, mais cette fois-ci ce style épuré sert la mise en avant des personnages et du sens de l’histoire.

Je recommande donc à tous (oui même toi vieux ronchon de 73 ans en crocs).

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Il s’appelait Ptirou . Laurent Verron . Yves Sentes . Dupuis

Réalité fictionnelle ou conte véridique ? Aux origines d’un mythe.

Aux origines du personnage de Spirou une histoire triste, qui rend hommage à un jeune homme hors du commun.

Comme beaucoup de sujets j’ignorais totalement les origines d’un personnage pourtant très célèbre : Spirou. Il s’avère que le créateur original de cette figure littéraire, Rob-Vel, avait été chef de rang sur un paquebot. En 1938, lorsque Dupuis lui demandera de créer un personnage, Rob-Vel s’inspirera des gens croisés lors de sa carrière. L’un d’entre eux un petit orphelin méritant devenu groom à bord d’une des croisières. Quelle est la part de réalité et de fiction ? Seul Rob-Vel aurait pu le dire.

Ici nous suivons Ptirou, de la perte tragique de sa mère introduit dans les trois dernières cases de la page 9 avec les pigeons qui picorent sur un chapiteau décousu et où l’on comprend que la vétusté du cirque amène un drame. La chute de la mère et du fils page 10 est aussi annonciatrice de la peine immense et de la chute au sens symbolique de Ptirou vers la fin de l’histoire.

Par delà l’aspect historique, les fans de BD apprécieront les détails, comme le fait que l’histoire de Ptirou soit narrée par l’Oncle Paul. Pour ceux qui ne savent qui il est, c’est un personnage de Jean-Michel Charlier (papa de Blueberry et Tanguy et Laverdure entre autres) qui avait l’habitude de raconter des faits historiques. Cet album est un hommage total aux éditions Dupuis et au journal Spirou.

Le personnage de Spirou est un des rares personnages à appartenir non à son auteur mais à la maison d’édition, comme en témoignent les nombreuses et magnifiques reprises qui en ont été faites.

Le dessin de Laurent Verron est exigent et précis. Les couleurs utilisées sont très intéressantes et nous fait voyager dans une époque que nous ne connaissons pas en apportant une dimension surannée. J’ai été un peu moins fan de tous les personnages présentés. A mon goût il y en avait un peu trop et trop peu utilisés.

La globalité de cette histoire d’un jeune groom à la moralité à toute épreuve et au courage édifiant plaira aux puristes et amateurs du personnage de Spirou.

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Negalyod . Vincent Perriot . Casterman

Une oeuvre monumentale entre Moebius et Schuiten.

Vous aimez l’architecture, les grands espaces sauvages et avez un mastère en paléontologie ? Cette BD est pour vous !

J’ai été intriguée par la couverture qui montre une cité futuriste à l’envers et un homme seul à côté d’un dinosaure sellé. Ni une, ni deux, j’enfourne la BD dans mon tote bag et je file lire à l’ombre la bestiole.

Pour l’histoire : Jarri, l’homme qui chuchotait à l’oreille des dinosaures, voit son troupeau mortellement frappé. En proie à une rage terrible, ses pas le mènent en ville pour une destination : la vengeance.

Cet album fait 207 pages. Autant dire quelques heures de lecture en perspective. Le dessin est bluffant et certaines planches en double page vous happent à vous en faire oublier l’heure. Les couleurs sont très bien étudiées et apportent une certaine dimension. Dans le scénario une ou deux choses m’ont gêné. L’auteur nous entraîne dans un côté « classique » de la SF old school qui n’amène pas de fraîcheur ou d’idée innovante.

On lira donc cet album plus pour son graphisme que pour son histoire, mais quel succès dans le dessin ! Hâte de lire d’autres œuvres de Vincent Perriot.

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La maison du Soleil . Taamo . Pika éditions

Du Soleil, de la fraîcheur et de l’amour : un shojo à dévorer sur la plage cet été.

Mao, lycéenne un peu garçon manqué, en froid avec sa famille est hébergée par Hiro jeune cadre dynamique. L’amour sonnera-t-il à leur porte ?

Un manga en 13 volumes à découvrir autour des amours naissantes d’une lycéenne et d’un jeune homme dans la plus pure tradition des shojos japonais. J’avoue avoir eu un peu de mal sur le premier volume à découvrir ici sur le site des éditions Pika. Pourquoi ? J’aime les histoires romantiques mais j’avoue me désintéresser des histoires se passant dans un quotidien bien terre à terre. Pour tout avouer j’aime les têtes qui volent, les monstres bien tentaculaires, les êtres assoiffés de sang et de vengeance. Ben là, il n’en est rien.

Ce manga m’est tombé entre les mains après les conseils de lecture d’un de mes libraires en qui j’ai toute confiance et d’une critique dithyrambique lue dans un magazine. Fi des épées sanglantes ! Fi des démons échappés des enfers ! Je le lance dans le pelucheux et le familial.


Je disais donc le premier volume était un brin difficile pour moi, il fallait que je m’adapte au genre. En revanche, la galerie de personnage a su me séduire. Le mystère sur le froid qui règne entre le père de Mao et cette dernière, la mort des parents de Hiro et l’identité de la personne qui suit activement les romans en ligne des deux copines m’ont clairement accroché .

En revanche j’ai été un peu moins séduite par le dessin, lui aussi très conventionnel et sans création picturale propre. Les remplissages de certains dessins avec l’aide de grilles sont trop uniformément placés (exemple que j’ai sous les yeux au moment où je parle sur le tome 13 avec les habits de lycéens pied-de-coq) .

Ce manga fait le job et je l’identifie clairement comme un bon moment « de plage » pour tous les amoureux de bisous repoussés in extremis et autres amateurs d’amour impossibles.

Taamo, la mangaka, a créé une autre série « Too bad, i’m in love ! » toujours publié chez Pika et dans laquelle pour le peu que j’en ai vu le dessin et l’aspect créatif s’est amélioré de mon point de vue. Une auteure à voir évoluer donc !

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Presque maintenant. Cyril Bonin. Futuropolis

Futur imparfait : ou la conjugaison de l’amour

On vous propose d’ingérer des nanoparticules qui pourront rendre compte en temps réel de votre état de santé. Que faites-vous ? Acceptez-vous de contrôler votre santé ? Pensez-vous réellement que tout est prévisible ?

Cyril Bonin est sans conteste, un des auteurs les plus doués dans le monde de la bande-dessinée. J’avais découvert son travail avec la formidable BD « Fog  » au scénario signé du gentleman Seiter. J’avais loué son talent dans « Chambre obscur » qui reprenait le mythe d’Arsène Lupin (en tant que fan de Maurice Leblanc je ne peux que m’incliner). J’avais demandé à ce « La belle image » participe au prix littéraire d’un festival et il y eut les très reconnus « Quintett » et « Amorostasia ». Bref, je suis fan et cet auteur ne fait que des bijoux.

Une fois de plus, ici, monsieur Bonin nous prend par la main pour nous emmener dans une nouvelle histoire pleine de surprises. Anna est étudiante au conservatoire de Paris. Elle rencontre Alexis et son ami Félix, eux aussi étudiants. Une amitié mâtinée de flirt va s’engager. Mais personne n’ose se déclarer et Anna ne sait qui choisir. Un beau jour Félix fait le premier pas. Leur vie de couple est alors engagée au détriment d’Alexis qui s’éloigne de part ses études. Félix étudie les biotechnologies et met au point des nanopills qui permettent de rendre compte en temps réel de son état de santé. Il propose à Anna d’en ingérer comme lui-même, au début tout va bien. Mais le contrôle de soi et de l’autre fait peser une tension sur leur couple. Jusqu’au jour où une surprenante nouvelle tombe.

Un scénario fin et élégant nous entraîne dans un monde proche de certains épisodes de « Black mirror ». Ce futur proche, probable nous interpelle d’un point de vue philosophique sur notre volonté de tout contrôlé et si cela au final est vraiment possible. Cette BD nous parle aussi de ce qu’est l’amour et jusqu’où il peut aller.

Le dessin est comme à l’habitude de Cyril Bonin, irréprochable à la fois doux et réaliste. Une BD à lire et à offrir.

Vous pouvez retrouver le monde de Cyril Bonin ici.

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Les fleurs de grand frère. Gaëlle Geniller. Delcourt

Au printemps montrez votre différence

Une BD comme un poème sur la différence et comment on la vit. De l’anxiété à l’acceptation de ce qui fait de nous un être unique, et qui se transforme en pur bonheur lorsque nos proches continuent de nous aimer sans condition.

J’ai beaucoup aimé l’univers très poétique que Gaëlle Geniller a su créer avec ses créations végétales. Il m’a manqué un peu plus de dessin malgré tout mais le côté épuré était voulu et contribuait à créer un temps poétique. Je conseille bien volontiers cette BD à partir de 10 ans, il faut avoir suffisamment de maturité pour comprendre ce qui se joue sous nos yeux. Pour autant ce n’est pas une BD jeunesse. Elle m’a rappelé un album jeunesse « La petite casserole d’Anatole » d’Isabelle Carrier chez Bilboquet qui reste une référence sur ce qu’est la différence à ses propres yeux et aux yeux des autres. Toutes les différences peuvent se reconnaître dans ces titres, autant dire tout le monde car oui… nous sommes bel et bien tous différents les uns des autres.

Une jeune auteure à suivre absolument, je parie que si elle continue dans cet univers elle nous réservera d’immenses surprises. Attention ceci est un premier album ! Encouragez les jeunes auteurs.

Ne rentrez donc pas dans le moule, cultivez votre différence : fleurissez votre vie !

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Shazam ! Contre la société des monstres . Jeff Smith. Urban Kids

Comics jeunesse en stock

Pour le professionnel des bibliothèques, nous savons qu’il est difficile de trouver des comics jeunesse 9-11 ans de qualité en dehors des quelques titres qui hantent nos bacs. Les traductions ne sont pas encore pléthore, grâce à la sortie du film en salle, nous pouvons faire la découverte de Shazam et le tout signé par Jeff Smith le créateur de Bone.

La vie du petit Billy Batson n’est pas des plus évidentes, orphelin, poursuivi par des caïds, vivant dans un squat. On revisite la genèse du mythe de Billy et comment il devint le super-héros Shazam. Si vous avez apprécié le film je ne peux que supposer que vous préférerez le livre qui est plus dense en émotions et où l’on retrouve des personnages qui eux, ont disparu du film comme le fameux tigre et… qui explique pas mal de choses sur l’origine de la magie.

En ce qui me concerne, j’ai trouvé cette version enfantine du mythe DC bien sympathique, il faut donc lui donner sa chance.

Urban comics